« Il nous faudrait une application. » C'est une phrase que nous entendons souvent, et dans la majorité des cas, notre réponse est non. Pas parce que c'est compliqué à faire, ni parce que ça coûte cher : parce que dans la plupart des situations que nous rencontrons en TPE et PME, une application mobile ne rapportera rien. L'argent aurait mieux servi ailleurs, et le résultat le plus probable est une app téléchargée par vos proches, vos salariés, puis plus personne.
Voici comment trancher, avec des critères concrets, avant de signer quoi que ce soit.
Trois choses différentes qu'on appelle « une app »
La confusion commence là, et elle coûte cher. Il existe trois objets bien distincts.
Le site web mobile. Votre site, qui s'affiche correctement sur un téléphone. On l'atteint depuis Google ou depuis un lien, sans rien installer. C'est ce dont neuf entreprises sur dix ont réellement besoin.
Le site installable, qu'on appelle aussi PWA (progressive web app). C'est un site web que le visiteur peut ajouter à son écran d'accueil : il a une icône, il s'ouvre en plein écran, il fonctionne partiellement sans réseau. Ce n'est pas dans les magasins d'applications, mais ça y ressemble beaucoup à l'usage.
L'application native. Le vrai programme, publié sur l'App Store et sur Google Play, installé sur le téléphone. C'est le seul des trois qui accède pleinement au matériel : appareil photo avancé, capteurs, NFC, notifications fiables, fonctionnement hors connexion complet. C'est aussi, de loin, le plus cher à faire et à maintenir.
La vraie difficulté : il faut que quelqu'un l'installe
Un site, on y accède en un clic. Une application, il faut la chercher dans un magasin, accepter le téléchargement, souvent créer un compte, puis autoriser les notifications. À chaque étape, une partie des gens abandonne. Ce n'est pas une question de qualité de votre app : c'est le comportement normal de tout le monde, vous y compris.
Ajoutez que le téléphone de votre client est déjà plein d'applications qu'il n'ouvre jamais, et qu'il fait le ménage de temps en temps. Une application qu'on ouvre deux fois par an est désinstallée avant la fin de l'année.
D'où le test le plus utile de cet article : votre client a-t-il une raison d'ouvrir votre application au moins une fois par semaine ? Si la réponse est non, l'application est un mauvais investissement, quel que soit son prix.
Ce que coûte réellement une application
Chez Rekonv, une application mobile démarre à 3 900 €. Mais le développement n'est que le premier poste, et c'est le seul dont on parle en général. Il faut aussi compter :
- Les comptes développeur : un abonnement annuel payant chez Apple, des frais d'inscription chez Google. Ils doivent être à votre nom, pas à celui de votre prestataire — nous y revenons plus bas.
- La validation par les magasins : chaque publication est relue et peut être refusée. Il faut l'intégrer au planning, surtout si votre lancement est calé sur une date commerciale.
- La maintenance obligatoire : iOS et Android évoluent chaque année et les magasins durcissent régulièrement leurs règles techniques. Une application laissée sans entretien finit par être refusée à la mise à jour, puis par disparaître. Prévoyez un budget annuel dès le départ.
- Les deux plateformes : iPhone et Android sont deux univers. Les technologies hybrides permettent de mutualiser une grande partie du travail, mais jamais la totalité des tests.
Autrement dit, une application n'est pas un achat, c'est un abonnement déguisé. Si vous n'avez pas de budget récurrent à lui consacrer, la question est déjà tranchée.
Ce qu'un bon site mobile fait déjà
Avant d'investir dans une app, vérifiez ce que vous pouvez obtenir sans installation : appeler en un clic, lancer l'itinéraire, consulter les horaires, prendre rendez-vous, payer, envoyer un formulaire, consulter un catalogue, recevoir un devis. Tout cela fonctionne sur un site mobile correct, et surtout, un site est trouvable sur Google — ce que ne sera jamais une application.
Les ordres de grandeur : un site vitrine démarre à 1 500 €, une boutique en ligne à 2 500 €. Pour un commerce local, une fiche Google d'établissement bien tenue à 199 € rapporte souvent plus de visites en boutique que n'importe quelle application. Et si votre besoin est de répondre aux questions courantes à toute heure, un assistant automatique sur votre site démarre à 490 € puis 49 €/mois : c'est une fraction du budget d'une app, pour un service que vos clients utiliseront vraiment. Le détail des budgets de site est dans notre article sur le coût d'un site internet.
L'entre-deux qu'on oublie : le site installable
La PWA est le compromis le plus sous-estimé. Vous développez une seule fois, pour tous les téléphones et tous les ordinateurs. Il n'y a ni magasin, ni validation, ni délai de publication : vous corrigez une erreur et tout le monde a la correction dans la seconde. L'utilisateur qui le souhaite ajoute l'icône à son écran d'accueil, les autres continuent d'y accéder par le web.
Les limites existent et il faut les connaître : les notifications sont moins fiables et plus contraintes sur iPhone que sur Android, vous n'apparaissez pas dans les magasins d'applications, et l'accès à certains matériels (NFC, Bluetooth, capteurs avancés) reste partiel. Pour un usage grand public classique, ces limites ne se voient pas. Pour une application de terrain intensive, elles se voient beaucoup.
Les cas où l'application native se justifie
Ils existent, et ils sont assez reconnaissables.
Un usage réellement répété
Commande hebdomadaire, fidélité, réservation fréquente : un client qui passe commande chaque semaine acceptera d'installer quelque chose qui lui fait gagner du temps. Un client qui vient une fois par an, non.
Le travail sur le terrain, sans réseau
Relevés sur chantier, interventions en sous-sol, photos et signature client sur place, formulaires remplis dans une zone blanche puis synchronisés au retour. C'est le cas où le natif gagne franchement : le hors-connexion complet est son domaine.
Un outil pour vos propres équipes
C'est, de loin, le meilleur cas en PME — et le plus rentable. La barrière de l'installation disparaît : vous équipez vos salariés, l'usage est quotidien et obligatoire, et le gain de temps se mesure dès le premier mois. Une app interne connectée à votre outil de gestion est souvent un bien meilleur investissement qu'une app destinée au grand public.
Le matériel du téléphone
Scan intensif de codes-barres, badge NFC, géolocalisation continue, capteurs : quand la fonction dépend du matériel, le web ne suffit plus.
Le test en quatre questions
- Fréquence. Cet utilisateur ouvrira-t-il l'app au moins une fois par semaine ? Soyez honnête.
- Différence. Que fait-elle qu'un bon site mobile ne saurait pas faire ? Si vous ne trouvez rien de précis, faites le site.
- Installation. Qui va l'installer, et à quel moment de sa journée ? Décrivez la scène. Si vous n'y arrivez pas, personne ne l'installera.
- Durée de vie. Qui la fera vivre dans deux ans, et avec quel budget annuel ?
Une seule de ces questions sans réponse solide, et il est trop tôt.
Si vous y allez, comment limiter la casse
Sortez d'abord une seule fonction, celle qui justifie l'existence de l'app, et rien d'autre. Commencez si possible par la version installable pour mesurer l'usage réel avant d'engager le natif : si les gens ne l'utilisent pas en web, ils ne l'utiliseront pas davantage après téléchargement. Exigez que les comptes App Store et Google Play soient ouverts à votre nom et que le code source vous appartienne : c'est le point de blocage le plus fréquent quand une entreprise change de prestataire. Et inscrivez la maintenance dans le devis initial, pas dans les bonnes intentions.
Ce que nous déconseillons franchement
L'application vitrine qui reprend le contenu du site : elle n'apporte rien et sera désinstallée. L'application faite parce qu'un concurrent en a une : vous ne savez pas si la sienne fonctionne. L'application créée uniquement pour envoyer des promotions : un e-mail, un SMS ou une publication bien faite coûtent infiniment moins cher pour le même résultat. Et l'application payée une seule fois, sans budget d'entretien : celle-là est morte avant même d'être publiée.
Pour décider sereinement
Écrivez en trois lignes ce que votre application ferait, pour qui, et à quelle fréquence cette personne l'ouvrirait. Si ces trois lignes tiennent debout, le projet mérite un chiffrage sérieux. Sinon, l'argent sera bien mieux placé dans un site mobile rapide et dans votre visibilité locale. Vous pouvez nous soumettre votre idée en quelques minutes : si un site suffit, nous vous le dirons — c'est moins cher pour vous, et plus simple à tenir dans la durée.